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La Bretagne, foyer de contestation et test pour François Hollande

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La Bretagne, foyer de contestation et test pour François Hollande

Lampaul-Guimiliau n'était qu'une petite ville de Bretagne avec ses 2.094 habitants et son église du XIVe. C'est devenu un des symboles de la grogne sociale qui monte dans cette région agricole et qui menace de faire tache d'huile dans le reste de la France.

'On est en train de faire crever la Bretagne', lance Patrice, un retraité de 65 ans, abrité sous le porche de l'église alors qu'une pluie battante tombe sur la ville.

L'abattoir Gad tout proche, qui emploie 770 personnes, a fermé. Et la ville a grossi les rangs des localités bretonnes touchées par les fermetures d'usines sur fond de crise du secteur agro-alimentaire.

Le chiffre d'affaires d'Yvonne Chariter, qui vend ses fleurs dans la rue centrale de la ville, dépend beaucoup de l'activité de l'abattoir. 'Encore le mois dernier, je pensais embaucher et là je n'embauche pas parce que je ne sais pas où je vais moi-même', déplore-t-elle.

L'abattoir Gad, dont les salariés ont multiplié pendant des mois manifestations, grèves et négociations, a finalement rejoint la liste des 1.000 entreprises en difficulté depuis l'arrivée au pouvoir du président François Hollande en mai 2012.

Fermetures d'usines, licenciements: la Bretagne est touchée de plein fouet. Le Norvégien Marine Harvest, numéro un mondial du saumon, a annoncé la suppression de 400 postes en Bretagne, provoquant la mobilisation des salariés qui bloquent le site de Poullaouen. Les emplois des ouvriers du volailler breton Tilly-Sabco sont également menacés.

Mais c'est l'annonce en octobre de l'entrée en vigueur début 2014 de l''écotaxe', une taxe qui s'applique aux transporteurs routiers, qui déclenche un mouvement de contestation. La Bretagne, isolée dans l'ouest de la France, s'appuie grandement sur les transporteurs pour exporter sa production dans le pays et à l'étranger.

Depuis, la révolte a gagné d'autres régions, jusqu'à Marseille et Paris, ponctuée de manifestations, parfois violentes. Cinq portiques écotaxe ont ainsi été détruits ou démontés en Bretagne et plusieurs dizaines de radars routiers ont été détruits par les contestataires.

La situation est d'autant plus sensible à l'approche d'élections municipales et européennes en 2014 que le mécontentement de la Bretagne, une terre acquise jusqu'à présent à la gauche, pourrait s'exprimer dans les urnes.

Mais pourquoi un tel mouvement en Bretagne alors que d'autres régions ne souffrent pas moins de la crise économique ?

'Cela inquiète parce que c'est une filière industrielle importante, plus de 60.000 personnes travaillent en Bretagne', dans le secteur agro-alimentaire, explique Romain Pasquier, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

'Si la Bretagne commence à se révolter, et elle a montré dans le passé qu'elle en est capable, ça peut être la double peine, une sanction à la fois politique et économique pour le gouvernement', ajoute-t-il.

D'autres avancent la forte identité régionale et une tradition d'autonomie par rapport à Paris comme explications. Thierry Jigourel, un journaliste et écrivain, a ainsi été étonné du nombre de drapeaux blanc et noir, les couleurs de la Bretagne, lors d'une manifestation début novembre à Quimper. 'Au-delà de la revendication sociale, j'ai eu l'impression d'être à une manifestation nationaliste bretonne', dit-il.

Région de forte tradition maritime, rattachée tardivement à la France en 1532, la Bretagne a longtemps entretenu des rapports compliqués avec Paris. Les opposants à l'écotaxe aiment mettre en avant une fronde antitaxe du XVIIe en Bretagne.

Le nationalisme breton est plutôt en veille, mais les Bretons cultivent une identité forte et leur langue a connu un retour de mode ces dernières années.

'C'est dans nos gènes, on connaît notre histoire', résume un habitant de Brest qui veut conserver l'anonymat.

Mais alors que les médias portent leur attention sur le mouvement de contestation, certains soulignent que la région a bien d'autres atouts à mettre en valeur.

Près de Quimper, une usine du groupe Bolloré, une multinationale présente dans les transports, la logistique et les communications, fabrique ainsi des batteries pour voitures électriques. Ouverte récemment, l'usine BlueSolutions emploie entre 350 et 400 personnes.

'Pour s'en sortir, la France ne doit pas se battre sur des marchés de masse. Il faut qu'on finance l'innovation', estime Didier Marginedes, le vice-président de BlueSolutions.

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